Jean-Michel Bertrand : Le loup n´est absolument pas dangereux pour l´homme

    Jean-Michel Bertrand : Le loup n´est absolument pas dangereux pour l´homme

 

 

LE LOUP N´EST ABSOLUMENT PAS DANGEREUX POUR L´HOMME

 

"La Vallée des loups" de Jean-Michel Bertrand sort en salles le 4 janvier. - "La Vallée des loups" de Jean-Michel Bertrand sort en salles le 4 janvier. - (Photo Bertrand Bodin)

        "La Vallée des loups" de Jean-Michel Bertrand sort en salles le 4 janvier. - (Photo Bertrand Bodin)

 

Rencontre avec Jean-Michel Bertrand, le réalisateur de "La Vallée des loups" qui, pour filmer des loups, n'a pas hésité à passer trois ans seul en montagne dans les Hautes-Alpes.

 

Avez-vous bénéficié de soutiens logistiques, de partenariat ?

Jean-Michel Bertrand : « Non, j'ai juste eu l'aide d'un magasin de Gap : quand j'y allais c'était « Pretty Woman » ! Ca m'a permis de tenir. Quand on bivouac longtemps, il n’y a pas que le mental qui compte : l’équipement est aussi important. »

Vous êtes presque sans arrêt à l’image. Comment avez-vous procédé techniquement ?

« Le film s'est fait en deux temps. Tout ce que vous voyez je l'ai vraiment vécu, sur une durée réelle de trois ans. A la fin, pour que ce soit vraiment du cinéma, Marie Amiguet qui est cadreuse et directrice d'acteurs, m'a filmé dans les conditions du direct. Boris Jollivet, ingénieur du son, est venu quatre fois une semaine pour prendre du son. Enfin, nous avons fait un gros travail de « brouillage de piste » car le film se situe dans une vallée secrète et nous voulons qu'elle le reste. Donc des tas d'images ont été filmées ailleurs pour tromper l'ennemi ». 

Quelle est la période la plus longue que vous ayez passé en montagne ?

« Je ne peux pas passer plus d'une semaine au bivouac. Il se trouve en plus que le lieu de tournage est à côté de chez moi. En général, je pars entre trois jours et une semaine. C'est comme un boulot ! Sauf qu'au lieu de métro-boulot-dodo, c'est bivouac-maison. » 

Pourquoi cette envie de filmer des loups ?

« Je ne sais pas, c’est très personnel. J’ai toujours eu la passion des animaux : tout petit j’ai commencé à nourrir les oiseaux. Je suppose que le loup était le prétexte magnifique pour une plongée très primaire dans la nature. Mais j’ai aussi eu le temps d’observer des tas d’autres espèces : quand on passe un an entier sans voir un loup, on est bien obligé de s’occuper. »

Quel était votre modus-operanti ?

« Mon but était avant tout de ne pas les surprendre et pour ça il faut avoir un comportement rituel : c’est pour ça que j’urinais régulièrement dans les mêmes endroits, que je me déplaçais toujours aux mêmes horaires quand eux ne bougeaient pas entre 10 et 16 h. Et vous le voyez dans le film : chaque fois qu’il y en a un qui passe, il me regarde. J’ai beau me cacher derrière des filets de camouflage, ils savent que je suis là. Le loup se montre quand il sent qu’il n’y a pas de danger : je faisais partie du paysage. » 

"Un bon montagnard est un montagnard vieux et vivant"

Vous ne vous êtes jamais senti en danger ?

« Le loup n’est absolument pas dangereux pour l’homme. Le jour où vous trouverez un article disant qu’un loup a mangé quelqu’un, montrez le moi. Certes, quand il y a eu des épidémies de rage, ça a peut-être été le cas, mais pas davantage que pour le renard ou la chauve souris. Je préfère être face à huit loups que face à un chien un peu agressif et pas bien dans sa tête. Le grizzly tue lui, ça oui ! Quand je faisais des films au Canada et qu’on campait dans certains secteurs on avait une clôture électrique autour de la tente, une alerte contre les ours car là, il y a danger. Un grizzly qui veut la nourriture que vous avez dans votre tente, il vous enlève la tête avant. En fait, le seul danger que je courais, il était inhérent à la montagne. Mais je fais de la montagne depuis longtemps et je fais gaffe. Un bon montagnard est un montagnard vieux et vivant. »

Passer de longues périodes hors civilisation, ça donne envie de la retrouver ou ça complique le retour ?

« Ça donne un recul très bénéfique, mais je suis toujours ravi de revenir boire un coup au bistrot avec mes copains, d’aller au resto : je ne suis pas du tout un sauvage. Je pense même qu’on apprécie encore davantage la douche, le chauffage, la compagnie. » 

De retrouver votre famille aussi...

« Absolument ! J’ai un fils de 21 ans et une femme qui me supporte depuis 31 ans. Mon fils, s’il se balade avec ses potes dans la vallée des loups, il s’éclate aux beaux-arts et il écrit beaucoup. Il ne suit pas mes traces. »

Qu’aimeriez-vous partager le plus avec les spectateurs ?

« Des émotions, ce rapport au sauvage et qu’ils se disent que tout est à portée de tous. Vous voyez bien, dans le film, je suis un anti-héro. » 

La bande-annonce

www.dailymotion.com/video/x563fv9_la-vallee-des-loups-2017-bande-annonce_shortfilms

« La vallée des loups », 1 h 30, mercredi 4 janvier. Un livre est également sorti en novembre chez Salamandre :  « La Vallée des loups, un homme au cœur du sauvage ». Jean-Michel Bertrand a signé les textes, Bertrand Bodin les photos.

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Propos recueillis par Jacques Brinaire

www.lanouvellerepublique.fr